Le têtard mange d’abord des algues et des végétaux en décomposition, puis il ajoute de petites proies animales à son menu quand ses pattes apparaissent. Son régime change donc avec son âge, et il varie aussi selon l’espèce, la température de l’eau et la nourriture disponible dans la mare.
Voici ce que mange un têtard à chaque étape de son développement, puis comment nourrir quelques têtards élevés en bassin ou en aquarium.
Les premiers jours : le têtard vit sur ses réserves
Un têtard est la larve aquatique d’une grenouille, d’un crapaud ou d’une salamandre. Juste après l’éclosion, les larves restent accrochées à des algues et ne cherchent pas encore de repas : elles puisent dans les réserves qu’elles portent avec elles depuis l’œuf.
Cette phase est courte. Dès que la bouche est fonctionnelle, le têtard se met à brouter et ne s’arrête presque plus, car manger est sa principale activité jusqu’à la métamorphose.
Une phase herbivore : algues, biofilm et débris végétaux
Dans une mare, le têtard est herbivore. Il se nourrit d’algues microscopiques, de bactéries et de protozoaires, et racle le biofilm qui recouvre les feuilles, les pierres et les supports immergés ou qui flotte à la surface des eaux calmes. Son bec corné lui sert à brouter ce film végétal.

Cette alimentation explique pourquoi les têtards se rassemblent près des herbiers et des zones ensoleillées, là où les algues se développent le plus vite. Une eau claire et sans végétation n’offre presque rien à brouter.
Les pierres, les branches immergées et les feuilles tombées au fond portent elles aussi ce film, que le têtard gratte à longueur de journée. Plus la mare reçoit de lumière, plus ce garde-manger se renouvelle vite.
Quand les pattes poussent, le têtard devient omnivore
Vers deux mois chez la grenouille, les pattes arrière se forment, puis les pattes avant apparaissent. Le régime suit ce mouvement : le têtard garde les végétaux mais accepte des petits invertébrés, des larves et des cadavres d’animaux aquatiques. Ce besoin de protéines accompagne la croissance du corps, qui s’accélère à ce stade.
Quand la nourriture manque, certaines espèces pratiquent le cannibalisme entre têtards. Il reste rare et ne concerne que quelques espèces, mais une forte densité de têtards dans un petit volume d’eau le rend plus probable.
Pendant la métamorphose, il cesse de manger
Lorsque la queue se résorbe, le têtard ne s’alimente plus. Sa bouche de têtard laisse place à une bouche de grenouille, et son corps se transforme pour un régime d’adulte, carnivore et surtout insectivore. Vers trois mois, chez la grenouille, la jeune grenouille a presque entièrement résorbé sa queue.
Un jeune amphibien qui vient de se métamorphoser ne mange donc plus d’algues mais de minuscules proies vivantes. Pour le détail du menu de l’adulte, voir le régime alimentaire de la grenouille adulte, et pour les petites proies d’élevage, l’alimentation des grillons d’élevage.
La durée du cycle dépend de la température de l’eau et de la nourriture disponible. Certains têtards passent même un hiver complet dans la vase et ne se métamorphosent qu’à la fin du printemps suivant.
Nourrir des têtards en bassin ou en aquarium
En élevage, on reproduit le menu de la mare : des végétaux tendres, plutôt que des aliments industriels, que le têtard peut racler et grignoter. Un peu de nourriture à la fois suffit, car les restes qui pourrissent dégradent vite l’eau.

Quelques règles simples limitent les pertes :
- retirer les restes qui n’ont pas été mangés, pour garder une eau propre ;
- éviter le pain et tout aliment salé ou assaisonné, qui ne convient pas à un têtard ;
- écarter les végétaux traités avec des produits de jardin ;
- laisser l’eau fraîche du robinet reposer avant de s’en servir, plutôt que de verser une eau tout juste chlorée.
Un têtard qui maigrit ou dont le ventre gonfle signale une ration mal ajustée. Pour savoir reconnaître un têtard mal nourri, les signes sont détaillés dans un article dédié.
Ce qu’il faut savoir avant de prélever des têtards
Les amphibiens font l’objet de mesures de protection en France, et le prélèvement de têtards ou de pontes dans la nature peut être réglementé selon l’espèce. Mieux vaut se renseigner auprès des services de l’État avant toute capture, et relâcher les têtards à l’endroit exact où ils ont été trouvés.
Dans la nature, les têtards ont aussi des prédateurs, notamment des oiseaux et des poissons, même si une grande partie d’entre eux y échappe grâce à leur toxicité, leur faible appétence ou leur camouflage selon les espèces. Une mare sans poissons leur laisse donc de meilleures chances d’arriver jusqu’à la métamorphose.
Observer des têtards sur place, sans les déplacer, permet de voir tout ce menu à l’œuvre : le grattage des algues au printemps, puis les premiers jeunes qui quittent l’eau.

